MARRAKECH — Le cinéma marocain se porte "globalement bien", et plutôt mieux que celui de ses voisins africains à l'exception de l'Egypte ou l'Afrique du sud, mais manque cruellement de salles, constate Nour-Eddine Saïl, directeur du centre cinématographique marocain (CCM).


L'entrée du cinéma Le Colisée, le 30 novembre 2009 à Rabat
L'entrée du cinéma Le Colisée, le 30 novembre 2009 à Rabat
"Si on ne parle que de production, le cinéma marocain se porte globalement bien", affirme M. Saïl dans un entretien à l'AFP à quelques heures de l'ouverture, vendredi soir, du Festival international du film de Marrakech (FIFM).

Le Maroc, ajoute-t-il, produit annuellement une quinzaine de longs métrages et de 80 à 100 courts métrages.

"Et aujourd'hui, poursuit Nour-Eddine Saïl, plus de 15% des films présentés au Maroc sont marocains, derrière les films américains, indiens et égyptiens".

Des films marocains comme "Casanegra", de Nourredine Lakhmari, ou "Amours voilées", d'Aziz Salmy, ont été vus cette année par plus de 250.000 spectateurs au Maroc, souligne-t-il.

"Ce qui n'est pas bon, observe-t-il toutefois, c'est l'exiguïté du marché, avec seulement une cinquantaine de salles contre quelque 250 en 1975".

Selon lui, les causes de cette situation, qui n'est d'ailleurs pas propre au Maroc, sont multiples.
La première, explique-t-il, ce sont les DVD pirates, qui inondent le pays à des prix défiant toute concurrence (de 7 à 10 dirhams chacun, soit moins d'un euro). En toute illégalité mais au vu et au su de tout le monde, malgré des descentes de police à répétition;

L'entrée du Cinéma Royal, le 30 novembre 2009 à Rabat
L'entrée du Cinéma Royal, le 30 novembre 2009 à Rabat
La deuxième, c'est la multiplication des chaînes satellitaires, qui offrent chaque jour une quantité impressionnante de films.

La troisième raison, c'est que les exploitants de salles ne se sont pas adaptés. "La 'marocanisation' des salles (ndlr: rachat ou prises de participation majoritaire par des ressortissants marocains), dès 1975, a profité à ceux qui les ont achetées, affirme Nour-Eddine Saïl. Mais les nouveaux exploitants n'ont pas ajusté leurs salles à la concurrence".

"Ils ont laissé des grandes salles de 800 à 1.200 places programmer un seul film au moment où se développait l'offre télévisuelle et DVD (ou VHS, à l'époque), les laissant en outre se délabrer".

Pour ramener les Marocains au cinéma -le CCM a enregistré 2,9 millions d'entrées en 2008 pour une quarantaine de millions à la fin des années 70-, Nour-Eddine Saïl propose trois solutions qui seront débattues lors d'un conseil d'administration du CCM à la mi-décembre: inciter les conseils municipaux à sauver les petites salles de proximité (300/350 places); aménager, avec une aide de l'Etat, les grandes salles en les fractionnant; et construire d'autres multiplexes, avec une quinzaine d'écrans chacun. Il n'en existe que deux aujourd'hui au Maroc, à Casablanca et à Marrakech.

La sauvegarde des vieilles salles de cinéma, c'est aussi le combat d'une petite association de jeunes bénévoles passionnés, Save Cinemas in Morocco (SCIM).

Tarik Moumen, son président, se bat pour sauver plusieurs grandes salles de quartier, dont certaines sont d'intéressants témoignages d'architecture Art Déco.

"Si on ne réagit pas, il n'y aura plus de salles de cinéma au Maroc dans dix ans", affirme-t-il.
Avec des moyens dérisoires -la vente de T-shirts, de badges-, il s'efforce de sensibiliser l'opinion. Plusieurs fois par semaine, les membres de l'association abordent un stand de vendeurs de DVD à la sauvette et collent sur chacun d'entre eux des étiquettes SCIM dénonçant le piratage. Pas sûr toutefois que cela suffira à convaincre les gens d'acheter une place de cinéma (de 15 à 50 dirhams, de 1,2 à 4 euros) plutôt qu'un DVD piraté..

Des personnes regardent des DVD à 5 dirhams (0,5 euro), le 30 novembre 2009 à Rabat
Des personnes regardent des DVD à 5 dirhams (0,5 euro), le 30 novembre 2009 à Rabat


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