Le cinéma est un produit de luxe : un plan Azur pour le 7e ArtRédigé par Faiçal FAQUIHI le Mardi 4 Mars 2008 à
Faiçal FAQUIHI - Les cinéphiles sont une espèce en voie de disparition. Que faire? Lorsqu'on diagnostique le dispositif fiscal régissant les exploitants de salles de cinéma, il s'avère être anachronique et asphyxiant. Evidemment leur part de responsabilité n'est pas à écarter. Des idées existent comme intégrer le cinéma dans le schéma urbain des villes.
Au Maroc le cinéma est un produit de luxe. Les recettes d'exploitation sont «taxées, entre autres, à 23%», s'indigne le président de la Chambre marocaine des salles de cinéma, Abdelhamid Marrakechi. Il n'est pas avare de détails: «5% vont au CCM, 5% pour l'entraide nationale (plus connue par le droit des pauvres), 10% pour le fond d'aide au cinéma national, 1% pour la Palestine, les droits d'auteurs». S'ajoutent aussi les impôts communs: patente, taxe d'édilité… «La plupart des exploitants ne règlent plus le fisc parce que, financièrement, ils ne tiennent plus», poursuit-il. Pour le montant des arriérés, on en saura rien.
Les droits de douane à l'importation de matériel accentuent l'asphyxie fiscale. Ils peuvent «atteindre jusqu'à 100% pour les fauteuils». Par ailleurs, l'étude stratégique lancée par le CCM révèle que «la TVA de 20%/ n'est pas récupérable pour les investissements de modernisation et d'équipement». Les «prix des billets sont exonérés de TVA» sauf que les entrées sont en chute libre est depuis longtemps. Plus grave, cette législation, calquée sur la France il y a plusieurs décennies, persiste à sévir malgré la crise. Entre temps, «le législateur français a réformé les lois en octroyant même des subventions. Chez nous, on continue à taxer à mort», s'exclame Al Houssin Boudih, gérant de Cinemas Del norte. La taxation est devenue donc anachronique. Et la situaton est plus corsée pour les réalisateurs (Voir p….). «Dans les années 80, il y avait plus de quarante millions de spectateurs par an. A fin novembre 2007, on en est à peine à 2,5 millions», rappelle le président de la Chambre marocaine des salles de cinéma, Abdelhamid Marrakchi. Conséquence, les salles de cinéma ne valent plus que le terrain qu'elles occupent. Les promoteurs immobiliers se frottent les mains. Certaines d'entres elles, comme le Lynx à Casablanca, réalisait un chiffre d'affaires hebdomadaire de 150.000 DH. Aujourd'hui, «elle ne dépasse pas les 20.000 DH par semaine». Au Maroc, l'indice de fréquentation est plus que faible: 0,2% par habitant . «Le cinéma ne fait pas partie des habitudes de loisirs des marocains! Et 60% d'entre eux y vont une fois par an, voire jamais», constate l'étude du CCM. Les causes ne manquent pas. Même le sentiment d'insécurité est inclus! Les distributeurs de films n'ont pas été épargnés non plus. Sur plus d'une quarantaine de maisons de distribution, seuls 4 continuent à survivre. A tel point que le Megarama est devenu de facto distributeur. Il peut se permettre ce luxe «puisqu'il a financièrement les reins solides», explique-t-on. Evidemment, la majorité des professionnels pointent du doit le piratage, chaînes satellitaires… Toute fois, des voix dissonantes s'élèvent. «La crise des exploitants de salle de cinémas a commencé avant le piratage. Ils ont accusé un grand retard», explique Kamal Mghazli, directeur exploitation au CCM. Ils n'ont pas pu, entre autres, anticiper la vague numérique et «la gestion des salles a été plombée par son mode rentier», analyse pour sa part Adil Semmar, responsable du portail Maghrebarts. Il critique aussi leur manque de réactivité commerciale: formules week-end, étudiants, familles… Les querelles entre certains distributeurs ont fini aussi par freiner toute initiative. Pourtant, les idées ne manquent pas. «Appliquons d'abord la loi antipiratage, impliquons les fournisseurs d'accès à l'internet pour réduire le téléchargement illégal, supprimer les taxes…», revendiquent les membres de la Chambre marocaine des salles de cinéma. En 2005, la Chambre a envoyé une lettre au Cabinet royal. Un courrier a été adressé janvier dernier au ministre de la Communication, Khalid Naciri. Ce n'est pas la première fois. Son prédécesseur, «Nabil Ben Abdellah a fait des promesses mais…», déclare le président de la CMSC. Quelques circulaires ont été signées par l'ex-ministre de la justice. En faisant un diagnostic, l'étude stratégie 2017 du CCM l'énonce clairement: Il y a un «manque de volonté politique pour repositionner le cinéma…». Résultat, pas de salle obscure à Ouarzazate une ville où sont implantés les grands studios du 7e art! Or, un plan de développement est valable aussi bien pour le tourisme que la culture. On peut imaginer des incitations financières pour les investisseurs, des politiques de prix ciblés, formule de fidélisation, diversifier le parc et l'offre (salles de quartiers, multiplexe, salles Art et essai)… «La conception des schémas urbains doit intégrer les salles de cinéma. C'est la mixité sociale du public qui est en jeu», argumente Mohammed Bakrim, chargé de communication au CCM. Inutile de payer, en devises, encore une fois, des experts alors qu'une étude existe déjà. Certes, elle a ses faiblesses2, mais peut servir au moins de plate-forme de réflexion. Nouveau commentaire :
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